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Caravanserail

LES LUEURS DU KHAN

    Nous voici en l'an 2006 et bien loin des prédictions et prédications plus ou moins apocalyptiques de films et de livres de science-fiction qui ont commencé à investir notre imaginaire depuis cinquante ans. Mais ne nous leurrons pas. L'apocalypse est bien là. Administrée à doses homéopatiques d'abord, overdosée ensuite, elle a pour noms: couche d'ozone, pollution, sida, grippe aviaire, terrorisme, génocide, guerre, faim, misère... Ses premières cibles: l'Afrique, l'Asie, l'Amérique du Sud.

    Ce nouveau siècle profite d'abord aux nantis. Il appartient aux cercles privilégiés des nations riches. Et pour le Tergui de l'Assekram ou l'autochtone de Papouasie, le ciel est toujours le même. Sauf que le soleil y est un peu plus brûlant.

   Le "Bogue" tant redouté en 2000 n'a pas eu lieu. Dommage. Ainsi en a voulu l'oncle Bill. Voilà comment une contrainte de programmation des années 70 peut être une véritable mine d'or vingt-cinq années plus tard.

    L'informatique, au-delà de ses attraits et de son incontournabilité reste une énorme supercherie et une grosse histoire de sous. L'ordinateur sur lequel sont saisies ces lignes, faisait partie, il n'y a pas si longtemps encore du "haut de gamme" proposé sur le marché. Le voilà aujourd'hui, dans cette course cadencée de processeurs "amphétaminés", faisant figure de vieillerie et incapable structurellement de mutation. Et là, autant changer de machine.

    Entre l'ordinateur et l'homme, il n'y aura pas d'histoires d'amour. Juste des flirts. Des flirts utilitaires ou pour assouvir des besoins: affaires, profits, intérêts, influence, pouvoir, argent. Somme toute, des besoins humains à côté desquels, les besoins bestiaux, ceux des bêtes authentiques, sont d'une infinie sagesse.

    Entre le village planétaire et le "Tout un village pour élever un enfant", le schème subtile est vite transcodé en plan de conquête.

    Internet, inévitablement dévoyée, est une immense masse d'argent en mouvement perpétuel. Outre-tombe, Marx et Lénine revoient leurs copies: Le Net, stade suprême du capitalisme.

    Et ces Hackers qui se livrent à des attaquent de sites sur le net ne sont-ils pas les précurseurs des combattants révolutionnaires de demain? Ils sont une réaction "naturelle" aux tentatives de monopolisation et de main-mise du capital mondial sur Internet. Une guerre se livrera fatalement sur le web où progressivement sont transposées, transvasées les activités humaines des plus culturelles aux plus lucratives: médias, bourses, magazins on line et même son intimité pour ceux qui le désirent. Alors, pourquoi pas une guerre?

Utilisateurs éternels,
Eternels asssistés

    Le monde change à chaque nouveau processeur. Inexorablement. Et nous regardons le monde passer. Nos informaticiens pratiquent (encore) tranquillement le piratage et la copie de cd ou quand ils ont pignon sur rue, l'arnaque sur les équipements et les composants informatiques et nos gouvernants n'oublient pas en parlant de l'avenir de citer internet et la micro-informatique comme gages technologiques, mais sans véritablement en saisir le sens.

    A quoi servent des médiathèques ou des micros dans des écoles et des lycées si c'est pour reproduire le réflexe de la télévision: spectateur?

    Sous d'autres cieux, l'engouement est réel: des milliers de didacticiels élaborés par des organismes sérieux sont à la disposition des écoliers et de tout projet de savoir. Des encyclopédies entières, des trésors de connaissance sont compilés sur cédérom. L'école, l'association de quartier, le club écolo, les amis des belettes ou les amoureux de la tomate, et tous ceux qui ont quelque chose à dire, tous disposent d'un site internet. Et dans cette dynamique d'échange, ils sont intervenants. Actifs. Combatifs pour certains, comme les Hackers.

    Le monde se décide sans nous. Même avec un blason redoré pour la circonstance. Un monde qui nous échappe désormais, sans que nous puissions lui échapper. Mais à bien penser, ce monde-ci n'est pas plus dangereux que les précédents. Il va seulement plus vite. Tout va plus vite. L'information tout particulièrement. Et celui qui maîtrise l'information, qu'importe s'il la détienne ou pas, maîtrise le monde. La jonction du capital avec internet procède de cette logique. Là est le danger.

Caravansérail,
L'instant de répit dans la tourmente

    Sebastian Salgado le brésilien, économiste de formation et photographe par passion, a édité en 2000, un recueil de photos intitulé: "Exodes". Des centaines de clichés en noir et blanc pour dire la misère, le malheur et la tourmente des peuples à l'heure de la mondialisation, de la globalisation. A ce propos, il dira que se sont en fait 15% de la population de la planète qui se sont donnés les moyens d'avancer dans le temps en délaissant les 85% restants. Une minorité qui s'est réalisée sur le dos d'une imposante majorité. Les images de Salgado sont d'une effroyable réalité pour ceux qui, parmi nous, auront un jour la chance de les regarder. Elles sont aussi un hymne à l'humanité. Celle qui résiste.

    En attendant, nos exodes à nous, continuent. Et il en est, quelques-uns, que l'image seule ne peut saisir. Exodes et exils subintrants, intérieurs et intériorisés. Et dans ce tournoiement des idées et de la pensée, "Caravansérail" se veut une halte, à la tombée de la nuit, pour éviter les barrages et les faux barrages de la pensée subalterne, pour échapper aux carnages de la culture du panégyrique.

    Une caravane avance et déchire le voile de l'obscurité. Les caravaniers illuminent le khan le temps d'une halte. A l'heure des vestes multifaces et des pantalons tombants. Des femmes et des hommes généreux et combatifs, qui ont en commun l'humanité, sa culture et l'amour de l'Algérie, mais aussi le courage d'être restés au pays pendant les années de terreur les plus dures. Et au lieu de se reposer, ils se mirent à parler. D'autres à peindre. D'autres encore, à jouer de la musique.

    Tout cela donnait désormais, d'autres intonations, d'autres couleurs, d'autres résonnances à l'acte de survie.

    "Caravansérail" sera tout cela, également. Souvent, à contre-courant. Dans la différence. En marge de la culture du sérail et du prêt-à-penser.

    Alors, pour attiser le feu de la vie, il faudra désormais souffler sur d'authentiques brasiers et non plus sur des lucioles...

Zoheïr ABERKANE

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    Site créé le 08/05/2006
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