Nous voici en l'an 2006 et bien loin des prédictions et prédications plus ou moins apocalyptiques de films et de livres de science-fiction qui ont commencé à investir notre imaginaire depuis cinquante ans. Mais ne nous leurrons pas. L'apocalypse est bien là . Administrée à doses homéopatiques d'abord, overdosée ensuite, elle a pour noms: couche d'ozone, pollution, sida, grippe aviaire, terrorisme, génocide, guerre, faim, misère... Ses premières cibles: l'Afrique, l'Asie, l'Amérique du Sud.
Ce nouveau siècle profite d'abord aux nantis. Il appartient aux cercles privilégiés des nations riches. Et pour le Tergui de l'Assekram ou l'autochtone de Papouasie, le ciel est toujours le même. Sauf que le soleil y est un peu plus brûlant.
Le "Bogue" tant redouté en 2000 n'a pas eu lieu. Dommage. Ainsi en a voulu l'oncle Bill. Voilà comment une contrainte de programmation des années 70 peut être une véritable mine d'or vingt-cinq années plus tard.
L'informatique, au-delà de ses attraits et de son incontournabilité reste une énorme supercherie et une grosse histoire de sous. L'ordinateur sur lequel sont saisies ces lignes, faisait partie, il n'y a pas si longtemps encore du "haut de gamme" proposé sur le marché. Le voilà aujourd'hui, dans cette course cadencée de processeurs "amphétaminés", faisant figure de vieillerie et incapable structurellement de mutation. Et là , autant changer de machine.
Entre l'ordinateur et l'homme, il n'y aura pas d'histoires d'amour. Juste des flirts. Des flirts utilitaires ou pour assouvir des besoins: affaires, profits, intérêts, influence, pouvoir, argent. Somme toute, des besoins humains à côté desquels, les besoins bestiaux, ceux des bêtes authentiques, sont d'une infinie sagesse.
Entre le village planétaire et le "Tout un village pour élever un enfant", le schème subtile est vite transcodé en plan de conquête.
Internet, inévitablement dévoyée, est une immense masse d'argent en mouvement perpétuel. Outre-tombe, Marx et Lénine revoient leurs copies: Le Net, stade suprême du capitalisme.
Et ces Hackers qui se livrent à des attaquent de sites sur le net ne sont-ils pas les précurseurs des combattants révolutionnaires de demain? Ils sont une réaction "naturelle" aux tentatives de monopolisation et de main-mise du capital mondial sur Internet. Une guerre se livrera fatalement sur le web où progressivement sont transposées, transvasées les activités humaines des plus culturelles aux plus lucratives: médias, bourses, magazins on line et même son intimité pour ceux qui le désirent. Alors, pourquoi pas une guerre?
Utilisateurs éternels, Eternels asssistés
Le monde change à chaque nouveau processeur. Inexorablement. Et nous regardons le monde passer. Nos informaticiens pratiquent (encore) tranquillement le piratage et la copie de cd ou quand ils ont pignon sur rue, l'arnaque sur les équipements et les composants informatiques et nos gouvernants n'oublient pas en parlant de l'avenir de citer internet et la micro-informatique comme gages technologiques, mais sans véritablement en saisir le sens.
A quoi servent des médiathèques ou des micros dans des écoles et des lycées si c'est pour reproduire le réflexe de la télévision: spectateur?
Sous d'autres cieux, l'engouement est réel: des milliers de didacticiels élaborés par des organismes sérieux sont à la disposition des écoliers et de tout projet de savoir. Des encyclopédies entières, des trésors de connaissance sont compilés sur cédérom. L'école, l'association de quartier, le club écolo, les amis des belettes ou les amoureux de la tomate, et tous ceux qui ont quelque chose à dire, tous disposent d'un site internet. Et dans cette dynamique d'échange, ils sont intervenants. Actifs. Combatifs pour certains, comme les Hackers.
Le monde se décide sans nous. Même avec un blason redoré pour la circonstance. Un monde qui nous échappe désormais, sans que nous puissions lui échapper. Mais à bien penser, ce monde-ci n'est pas plus dangereux que les précédents. Il va seulement plus vite. Tout va plus vite. L'information tout particulièrement. Et celui qui maîtrise l'information, qu'importe s'il la détienne ou pas, maîtrise le monde. La jonction du capital avec internet procède de cette logique. Là est le danger.
Caravansérail, L'instant de répit dans la tourmente
Sebastian Salgado le brésilien, économiste de formation et photographe par passion, a édité en 2000, un recueil de photos intitulé: "Exodes". Des centaines de clichés en noir et blanc pour dire la misère, le malheur et la tourmente des peuples à l'heure de la mondialisation, de la globalisation. A ce propos, il dira que se sont en fait 15% de la population de la planète qui se sont donnés les moyens d'avancer dans le temps en délaissant les 85% restants. Une minorité qui s'est réalisée sur le dos d'une imposante majorité. Les images de Salgado sont d'une effroyable réalité pour ceux qui, parmi nous, auront un jour la chance de les regarder. Elles sont aussi un hymne à l'humanité. Celle qui résiste.
En attendant, nos exodes à nous, continuent. Et il en est, quelques-uns, que l'image seule ne peut saisir. Exodes et exils subintrants, intérieurs et intériorisés. Et dans ce tournoiement des idées et de la pensée, "Caravansérail" se veut une halte, à la tombée de la nuit, pour éviter les barrages et les faux barrages de la pensée subalterne, pour échapper aux carnages de la culture du panégyrique.
Une caravane avance et déchire le voile de l'obscurité. Les caravaniers illuminent le khan le temps d'une halte. A l'heure des vestes multifaces et des pantalons tombants. Des femmes et des hommes généreux et combatifs, qui ont en commun l'humanité, sa culture et l'amour de l'Algérie, mais aussi le courage d'être restés au pays pendant les années de terreur les plus dures. Et au lieu de se reposer, ils se mirent à parler. D'autres à peindre. D'autres encore, à jouer de la musique.
Tout cela donnait désormais, d'autres intonations, d'autres couleurs, d'autres résonnances à l'acte de survie.
"Caravansérail" sera tout cela, également. Souvent, à contre-courant. Dans la différence. En marge de la culture du sérail et du prêt-à -penser.
Alors, pour attiser le feu de la vie, il faudra désormais souffler sur d'authentiques brasiers et non plus sur des lucioles...
Zoheïr ABERKANE
Nous voici en l'an 2006 et bien loin des prédictions et prédications plus ou moins apocalyptiques de films et de livres de science-fiction qui ont commencé à investir notre imaginaire depuis cinquante ans. Mais ne nous leurrons pas. L'apocalypse est bien là . Administrée à doses homéopatiques d'abord, overdosée ensuite, elle a pour noms: couche d'ozone, pollution, sida, grippe aviaire, terrorisme, génocide, guerre, faim, misère... Ses premières cibles: l'Afrique, l'Asie, l'Amérique du Sud.
Ce nouveau siècle profite d'abord aux nantis. Il appartient aux cercles privilégiés des nations riches. Et pour le Tergui de l'Assekram ou l'autochtone de Papouasie, le ciel est toujours le même. Sauf que le soleil y est un peu plus brûlant.
Le "Bogue" tant redouté en 2000 n'a pas eu lieu. Dommage. Ainsi en a voulu l'oncle Bill. Voilà comment une contrainte de programmation des années 70 peut être une véritable mine d'or vingt-cinq années plus tard.
L'informatique, au-delà de ses attraits et de son incontournabilité reste une énorme supercherie et une grosse histoire de sous. L'ordinateur sur lequel sont saisies ces lignes, faisait partie, il n'y a pas si longtemps encore du "haut de gamme" proposé sur le marché. Le voilà aujourd'hui, dans cette course cadencée de processeurs "amphétaminés", faisant figure de vieillerie et incapable structurellement de mutation. Et là , autant changer de machine.
Entre l'ordinateur et l'homme, il n'y aura pas d'histoires d'amour. Juste des flirts. Des flirts utilitaires ou pour assouvir des besoins: affaires, profits, intérêts, influence, pouvoir, argent. Somme toute, des besoins humains à côté desquels, les besoins bestiaux, ceux des bêtes authentiques, sont d'une infinie sagesse.
Entre le village planétaire et le "Tout un village pour élever un enfant", le schème subtile est vite transcodé en plan de conquête.
Internet, inévitablement dévoyée, est une immense masse d'argent en mouvement perpétuel. Outre-tombe, Marx et Lénine revoient leurs copies: Le Net, stade suprême du capitalisme.
Et ces Hackers qui se livrent à des attaquent de sites sur le net ne sont-ils pas les précurseurs des combattants révolutionnaires de demain? Ils sont une réaction "naturelle" aux tentatives de monopolisation et de main-mise du capital mondial sur Internet. Une guerre se livrera fatalement sur le web où progressivement sont transposées, transvasées les activités humaines des plus culturelles aux plus lucratives: médias, bourses, magazins on line et même son intimité pour ceux qui le désirent. Alors, pourquoi pas une guerre?
Utilisateurs éternels, Eternels asssistés
Le monde change à chaque nouveau processeur. Inexorablement. Et nous regardons le monde passer. Nos informaticiens pratiquent (encore) tranquillement le piratage et la copie de cd ou quand ils ont pignon sur rue, l'arnaque sur les équipements et les composants informatiques et nos gouvernants n'oublient pas en parlant de l'avenir de citer internet et la micro-informatique comme gages technologiques, mais sans véritablement en saisir le sens.
A quoi servent des médiathèques ou des micros dans des écoles et des lycées si c'est pour reproduire le réflexe de la télévision: spectateur?
Sous d'autres cieux, l'engouement est réel: des milliers de didacticiels élaborés par des organismes sérieux sont à la disposition des écoliers et de tout projet de savoir. Des encyclopédies entières, des trésors de connaissance sont compilés sur cédérom. L'école, l'association de quartier, le club écolo, les amis des belettes ou les amoureux de la tomate, et tous ceux qui ont quelque chose à dire, tous disposent d'un site internet. Et dans cette dynamique d'échange, ils sont intervenants. Actifs. Combatifs pour certains, comme les Hackers.
Le monde se décide sans nous. Même avec un blason redoré pour la circonstance. Un monde qui nous échappe désormais, sans que nous puissions lui échapper. Mais à bien penser, ce monde-ci n'est pas plus dangereux que les précédents. Il va seulement plus vite. Tout va plus vite. L'information tout particulièrement. Et celui qui maîtrise l'information, qu'importe s'il la détienne ou pas, maîtrise le monde. La jonction du capital avec internet procède de cette logique. Là est le danger.
Caravansérail, L'instant de répit dans la tourmente
Sebastian Salgado le brésilien, économiste de formation et photographe par passion, a édité en 2000, un recueil de photos intitulé: "Exodes". Des centaines de clichés en noir et blanc pour dire la misère, le malheur et la tourmente des peuples à l'heure de la mondialisation, de la globalisation. A ce propos, il dira que se sont en fait 15% de la population de la planète qui se sont donnés les moyens d'avancer dans le temps en délaissant les 85% restants. Une minorité qui s'est réalisée sur le dos d'une imposante majorité. Les images de Salgado sont d'une effroyable réalité pour ceux qui, parmi nous, auront un jour la chance de les regarder. Elles sont aussi un hymne à l'humanité. Celle qui résiste.
En attendant, nos exodes à nous, continuent. Et il en est, quelques-uns, que l'image seule ne peut saisir. Exodes et exils subintrants, intérieurs et intériorisés. Et dans ce tournoiement des idées et de la pensée, "Caravansérail" se veut une halte, à la tombée de la nuit, pour éviter les barrages et les faux barrages de la pensée subalterne, pour échapper aux carnages de la culture du panégyrique.
Une caravane avance et déchire le voile de l'obscurité. Les caravaniers illuminent le khan le temps d'une halte. A l'heure des vestes multifaces et des pantalons tombants. Des femmes et des hommes généreux et combatifs, qui ont en commun l'humanité, sa culture et l'amour de l'Algérie, mais aussi le courage d'être restés au pays pendant les années de terreur les plus dures. Et au lieu de se reposer, ils se mirent à parler. D'autres à peindre. D'autres encore, à jouer de la musique.
Tout cela donnait désormais, d'autres intonations, d'autres couleurs, d'autres résonnances à l'acte de survie.
"Caravansérail" sera tout cela, également. Souvent, à contre-courant. Dans la différence. En marge de la culture du sérail et du prêt-à -penser.
Alors, pour attiser le feu de la vie, il faudra désormais souffler sur d'authentiques brasiers et non plus sur des lucioles...
Zoheïr ABERKANE
Lettre du poète berbère aux poètes du monde
Par
Djamel BENMERAD
Etre poète, c’est ne prétendre à rien et vouloir tout. C'est d'abord accompagner et chanter la rebellion. C’est en même temps désirer le luxe : chanter les oiseaux dans le ciel, s’extasier devant le printemps ou s’occuper d’une de ces choses si graves dont se préoccupent certains de mes pairs comme transcrire en rimes un bulletin météo. Je pourrais, tant que j’y suis, offrir à l’éventuel lecteur un flacon de Valium.
Pourquoi écrivez-vous, nous demande-t-on, au lieu de poser la question au juge qui délivre une réquisition contre des ouvriers en grève. Mais pour certains, comme pour moi, ceci est la négation de la poésie. Cette poésie-là ne figure pas à mon agenda.
Etre poète, c’est ne prétendre à rien et vouloir tout. Quand on écrit un poème, on écrit toujours le seul poème possible, c’est-à -dire le prochain et on caresse le vœu qu’il se mue en tag, comme il y a dix mille ans mes ancêtres à moi gravaient sur la roche des tags auquel on a donné le nom de «gravures rupestres». Aujourd’hui on réprime les tagueurs car ils s’approchent trop près des murs gris derrière lesquels on viole les filles.
Quand on écrit on se souvient de tout. On se souvient que la poésie est la première parole. Parole de révolte. Parole brimée, étouffée, empêchée par les uniformes et l’incompréhension de se faire entendre. Parole qui, en premier, vient à manquer. La poésie interpelle la quiétude et le silence, silence des consciences menottées à leur confort. La poésie assume alors la fonction d’être l’empêcheur de béer en rond et en chœur, pareil à un gros nuage prêt à crever. La poésie est l’inverse de la solitude. Car la solitude, elle, porte des noms. La solitude c’est le silence qui dure et nous tue. C’est aussi notre asservissement, l’opposé de la rébellion. La poésie c’est l’adolescence, l’adolescence qui s’étonne de tout, l’adolescence si prompte à la révolte. Mais la poésie est souvent une plaie, une plaie qui s’insurge contre d’autres plaies comme un pleur d’enfants, la faim d’un homme, la soif d’un nomade ou les gémissements de l’amante.
La poésie peut-être aussi l’erreur souhaitée. Ainsi j’ai affirmé dans mon «Chant d’impatience » - publié il y a 18 ans- que «l’écriture est l’antichambre du suicide ». Dix-huit ans après je suis là , rectifié par la vie: c’est l’exil qui est l’antichambre du suicide.
Dans l’exil, on s’inspire du chant funèbre de l’absence et on écrit la pluie sur son visage recouvert de sueur, le vent sec et amer sur la peau nue, la morsure du froid et le sel sur la plaie. J’ai alors préféré achouik à mon « Chant d’impatience. »
En son secret et en public, le poète se veut porte-parole des réfugiés du Darfour, des Far colombiennes, des paysans de Birmanie, des jeteurs de pierres palestiniens, des berbères dispersés et se sent chez lui «partout où l’homme se redresse»(*) Il s’autoproclame sentinelle du monde et, par une perversion naturelle et ponctuelle, la poésie devient traumatisme auquel on s’habitue et elle s’accomplit en se nichant dans une perversion durable.
Il est des poètes qui furent contraints à l’exil tels Victor Hugo dont on ne cesse de célébrer le centenaire. Son humanisme sélectif ne s’exprimait que s’agissant des Français, et une classe définie de Français. Celui qu’on qualifie de «père des poètes» a gardé un silence qui n’avait rien de poétique lors des conquêtes coloniales ou, pire, lors des enfumades de mes compatriotes du Dahra. C’est dire la différence avec un Villon ou, plus proche de nous, Nazim Hikmet, cet habitant du monde né en Anatolie d’où il nous a fait le récit de sublimes «Paysages humains». Il est donc, hélas, interdit de céder à cette coquetterie qui fait qu’il est de bon goût, dans les salons douillets, d’admirer Victor Hugo. Une fois ce seuil franchi, il n’y a plus qu’à se mettre en extase devant le talent de Céline, fasciste devant l’éternel.
Certains d’entre-nous se disent internationalistes alors qu’il serait plus élégant et surtout plus neutre, pour certains scribes à l’écriture asexuée de se dire «citoyen (ne) du monde» comme ils disent une autre fumisterie du genre «l’art pour l’art». Qu’apporte-t-ils donc à ce monde dont on prend tout ? Pour ceux-là la poésie est juste bonne à faire frémir des vieillards gâteux. Ce sont aussi les mêmes qui nous reprochent de « trop rêver » parce que le rêve, comme la vérité, est révolutionnaire, disait l’autre en ajoutant: « Il faut rêver!». (**)
En Numidie, la poésie est une tradition qui, tel l’espoir, colle à la peau. Chaque berbère se croit sniper du verbe et s’étonne que d’autres poésies se fassent l’écho de sa poésie. C’est peut-être pour cela que nous sommes un désespoir de l’intégration, car l’intégration exige d’être une branche sèche d’un arbre mort. Or notre arbre ne mourra pas et on transporte ses fruits comme on transporte son baluchon en attendant de trouver un chez soi. Et chez nous c’est la Numidie, ce fantôme qui habite nos insomnies. Les nuits d'exil sont aussi blanches que les neiges de mon Djurdjura et aussi sèches que le sirocco et je fais des rêves aussi colorés qu’un tindi un soir de paix.
Voilà : je cherchais une chute à cette divagation immodeste et je viens de la trouver en l’héritage de Jean Senac, un poète d’Algérie, un poète assassiné : « J’ajoute les points, les virgules. Soyons humbles : sans les Hommes je ne serais qu’arbre sec.»
Dj. B
_________
(*) Messaour Boulanouar dans « La meilleure force.»
(**) Lénine dans « Que faire ? »
J'kaz !
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Regard
LE LIVRE DANS TOUS SES ETALS
Il fut un temps "béni"(eh oui, oui) où l'Etat subventionnait le livre tout en opérant un monopole sur l'importation, l'édition et la diffusion. Puis vint le temps des désengagements. Structurels, financiers et moraux. Au nom de l'économie de marché, le livre est livré au privé. Et c'est ainsi qu'entre la nourriture de l'esprit et celle du ventre, il n'y eût plus que des denrées alimentaires et des produits, d'ici ou d'ailleurs, à des prix prohibitifs. Le livre, désormais produit de luxe, devenait inacessible. Pourtant, même sans l'Etat, il est encore possible d'avoir "Le livre pour tous". Mais cela, c'est toute l'histoire. Ici quelques éléments.
Le livre conçu et pensé à la manière de Gütenberg, a traversé les siècles et l'histoire pour devenir une sorte de porte-mémoire de l'humanité.
Le livre est le miroir de son époque. Le 20è siècle en fait une véritable industrie et instaure de nouvelles habitudes de lecture. On passe à l'acte de lecture. Du livre de chevet à la fonction soporifique, au livre des grandes salles de bibliothèque, le livre part à la conquête de la rue, du métro, du campus, des bancs de jardin public, de la maison, dans des formats réduits et séduisants mais surtout, à des prix accessibles. Désormais le livre est un élément intrinsèque de la vie de l'humanité. Et même si les techniques du livre connaîtront d'autres variantes: journaux, revues, magazines, etc., supports d'informations condensées et d'actualité, le livre demeure la référence de cognition par excellence.
Ce début de 21è siècle serait sur le point de sonner le glas de l'ère Gütenberg: place donc au livre électronique! Une petite prouesse technologique au format et à l'épaisseur d'un livre moyen, doté d'un écran et de batteries rechargeables, capable d'emmagasiner jusqu'à 25 000 pages et qui permet de choisir et de commander ses livres en se connectant à Internet. Une révolution dans le monde de la lecture, mais aussi dans celui de l'édition que le CD-Rom n'a pas réussi à ébranler. Une révolution qui ne manquera pas d'imposer de nouvelles habitudes et de nouveaux réflexes. Nous n'échapperons pas au lois de l'évolution.
Mais, une chose est certaine: le livre tel que nous l'avons toujours connu, imprégné des odeurs de l'imprimerie, a encore de belles années devant lui.
Dans l'acte de lire, au-delà de la conjonction d'idées, il est un rapport sensuel qui s'établi entre le livre et le lecteur -le livre devenant compagnon, complice d'une communion d'idées- à travers une manière de tenir le livre, le frisson d'une page qu'on tourne dans un mouvement tactile et, d'un type de papier à l'autre, la sensation est différente.
Abandonnerions-nous cette sensibilité-là pour des des sensations plus "métalliques"? Certainement. Mais peut-être que d'ici là , nous aurions des livres d'un type nouveau: le cyber-livre. Un processeur, de la mémoire et tout l'arsenal graphique et audio incoroporés dans la couverture rigide et des pages interactives aussi minces que celles d'un livre classique: l'illustration en bas de page à peine effleurée déclencherait un extrait vidéo, des liens hypertextes jalonneront tout le texte, des touches audio, etc.
Ces gens du livre qui n'ont jamais su
En attendant que ce rêve et d'autres se réalisent, chez nous, le livre subit les contre-coups de l'économie de bazar et ne bénéficient plus des égards auxquels il avait droit durant les années fastes.
Des gouvernants ignares commettent la bêtise de réduire le livre à un simple produit de consommation subissant ainsi les aléas des nomenclatures et des taxes. Dans des pays où l'économie de marché est érigée en règle de vie, mais où le mot culture a un sens, le livre bénéficie d'une politique de soutien de l'Etat.
Chez nous, c'est soit le monopole, soit le désengagement. Cela a fini par donner un marché du livre hétéroclite, régi par le profit, en dehors de toute vision culturelle.
Un souk, une sorte de grande Laâqiba(1) du livre où se profilent deux grandes tendances du marché international du livre: la tendance française et la tendance moyen-orientale.
La tendance française est représentée par nombre d'importateurs de livres, certains dans le cadre de contrats avec les éditeurs français, d'autres en achetant les livres au kilo. En 2000, le représentant quasi-exclusif de cette tendance était sans conteste, la société SAD (qui a mis la clé sous le pailasson depuis?), qui avait commencé par diffuser du "Harlequin", avant de lancer une opération d'envergure: "Le livre de Poche pour tous". Le livre français s'entend. Mais qu'importe. Les prix étaient accessibles: entre 150 et 400 DA. Réelle politique de promotion du livre ou opération de charme? D'aucuns s'expliquent mal les facilités et le traitement de faveur dont bénéficiait la SAD auprès des éditeurs français contrairement à d'autres opérateurs nationaux...
Si cela est vrai, cela voudrait dire que la France à une politique culturelle qui inclue le livre comme élément fondamental de rayonnement culturel dans le monde, à commencer par les pays où la langue française a des attaches. La SAD ou quelqu'un d'autre, n'est qu'un élément, une sorte de vecteur lié d'un plan de campagne beaucoup plus vaste qui dépasse les velleités mercantile de la SAD puisque à sa seconde grande opération, un salon du livre, les prix affichés étaient hors de portée...
Quant à la tendance moyen-orientale, arabisante, elle se caractérise par sa grande discrétion, tout comme sa constance. Pas de vagues, ni d'actions singulières sur le marché du livre, mais un travail en profondeur, du porte-à -porte auprès des libraires à travers un réseau de vendeurs à l'échelle du territoire. Leur produit de prédilection (on devrait dire de prédication): le livre "islamique". Coran dans tous les formats, livres d'exégèse, ouvrages sur la pensée islamique et auteurs de la mouvance islamique. Essentiellement chez des éditeurs séoudiens et égyptiens. Accessoirement, des éditions jordaniennes, dont on peut noter d'intéressantes traductions d'oeuvres de la littérature mondiale et des éditions libanaises, principalement des ouvrages en arabe sur l'art culinaire. Avec les libanais, les contrats auraient été autrement plus intéressants d'un point de vue livresque quand on connaît les traditions de l'édition libanaise et son niveau de culture.
Hélà s, chez nous, se sont les gens du livre qui ne savent pas ou qui n'ont jamais su...
Editeurs algériens
L'inculture, l'incurie et l'argent
Un domaine qui, en l'absence des géants du secteur public (Enal, Enag...) - il est loin le temps de la Collection Aniss -, connaît les mêmes divisions que le secteur de l'importation, à la différence que dans ce cas-ci, le livre est produit localement. L'édition devant refléter et révéler des courants de pensée et l'existence d'une vie littéraire au sein de l'intelligentsia algérienne. A consulter les catalogues de nos éditeurs, rien de tout cela.
Première grande victime de l'édition: la littérature. Le roman. La poésie. Et rien de ce qui procède de la réflexion, de la démarche idéelle. De la philosophie.
L'édition, chez nous, se comporte et réagit à la façon des journaux: coller à l'actualité. A la veille de chaque rentrée scolaire, les éditeurs investissent le créneau du para-scolaire; en politique, la tendance étant à la réhabilitation de l'islamisme, on sort les mémoires de tel dirigeant ou les élucubrations de tel autre. D'une façon plus que certaine, les éditeurs sont d'abord attirés par les manuscrits politiques, sous forme de mémoires ou de révélations et, de préférence, oeuvres de personnalités marquantes de la scène politique nationale.
Alors, n'allez surtout pas leur parler de poésie ou de romans! "Un créneau qui ne rapporte pas" , disent-ils. Leur vision éditoriale est d'abord une question d'argent et seulement une question d'argent. Même si dans le lot des éditions comme Marinoor, Marsa, Casbah se singularisent par des éditions et des collections fortement culturelles, il n'en demeure pas moins que la tendance globale est utilitaire, dédiée à "ce qui marche" en librairie d'abord, à savoir: livre culinaire, scolaire et para-scolaire, livre pour enfants, politique...
Mais rien ne transparaît, dans ces livraisons, de l'existence d'une vie littéraire ou de courants de pensée. L'idée même de rentrée littéraire n'existe pas! Des éléments qui sont la raison d'être du livre, étant entendu que le livre est d'abord un support autour duquel et sur lequel prennent forme la pensée élaborée, le débat d'idées et la confrontation de théories dans une communion intelligente...
Librairie
Un espace en voie de disparition
Il est vrai qu'en ces temps de torpeur, évoquer la situation du livre, c'est aussi pointer un doigt accusateur en direction de la librairie et des libraires.
Dernier chaînon d'une longue procession commerciale, le libraire est seul face au lecteur-client, dans un mauvais rôle de commerçant-libraire, à justifier les prix prohibitifs de certains livres, la non-disponibilité de certains titres, etc.
Certains libraires suggèrent que les textes législatifs en matière de commerce puissent permettre au libraire d'inclure dans le libellé de son activité, l'importation de livres. Ainsi, il lui serait possible d'abord de choisir le type de livre à importer en fonction de critères culturels et ensuite de le proposer à des prix moindres puisque un certain nombre de marges d'intermédiaires seront ainsi supprimées.
Mais d'ici que se réalise ce voeu, tous les libraires sont devenus commerçants et ces commerçants ne sont pas tous libraires. Tout juste marchands de livres. Par la faute d'une nomenclature. Par la faute d'un système.
Demander aujourd'hui à un libraire de ne vendre que le livre ou encore de se spécialiser dans un créneau précis du livre (par exemple technique ou artistique), c'est tout simplement une invitation à la banqueroute.
Alors, de nouveaux comportements sont venus se greffer à la profession de libraire, devenue ainsi plus commerciale. Plus lucrative. L'activité s'étend à la papeterie, aux articles scolaires et aux bibelots et enfin à tout ce que "sussure" la nomenclature entre deux codes chiffrés. Il n'est pas surprenant aujourd'hui de "négocier", façon Bab J'did(2) , l'achat d'un livre. "Si vous le prenez, fih moussaâda (*)...", "Prenez la série et je vous fais un bon prix... une occasion qui ne se renouvellera pas..." Propos authentiques. Alors que la librairie est d'abord un espace culturel et civilisationnel, le livre négocié de la sorte est réduit à une stricte valeur marchande.
Les rapports client-libraire se sont pervertis au fil des ans, la méconnaissance et l'absence d'une culture livresque aidant.
D'autres pratiques ont vu le jour également. Comme celle qui consiste à "thésauriser" des ouvrages de collection, d'art ou d'histoire, de les laisser "dormir" pour les sortir quelques années plus tard à cinq et parfois, dix fois leur prix! Les cas les plus en vogue sont les ouvrages consacrés à Racim et Dinet édités par l'ENAL en 1990 et la collection "Arts et Culture", initié par le Ministère de la Culture et de l'Information en 1978. Ils sont vendus à pas moins de 1600 DA aujourd'hui!
Cette raréfication d'ouvrages de qualité est la preuve de la déperdition d'un patrimoine livresque important. La réédition de ces oeuvres est un devoir de mémoire. Il suffit d'un peu d'imagination et des mécanismes de soutien conséquents de l'Etat à tout projet d'édition artistique, littéraire et culturel.
Mais, à côté de pratiques véreuses de certains libraires, il en est d'autres qui sont à l'honneur de la profession comme, par exemple, la réintroduction d'une tradition libraire: la vente-dédicace en présence de l'auteur. Cette pratique a connu un pic à partir de 1999 pour s'estomper aujourd'hui. Ainsi la librairie redevenait le temps d'une vente-dédicace, l'espace conviviale d'une triade idéale: lecteur - livre - auteur. Il ne se passait pas une semaine, du moins dans les grands centres urbains, sans que les journaux n'annoncaient une telle manifestation. A Alger, la Palme d'Or reviendrait certainement à la dynamique équipe qui gère la Librairie du Tiers-Monde dont l'initiative en la matière avait fait des émules. Très peu en ce moment, sinon pas du tout!
En attendant les cafés philosophiques dans un espace libraire, le livre électronique annonce la fin proche de la librairie traditionnelle qui, chez nous, a perdu ses plus belles traditions. D'aucuns, dans un souci de globalisation, pose le problème en terme de recul de la citadinité au profit d'une ruralisation de la ville. Une manière d'élaguer le problème de fond qui est l'existence d'un système politique et économique qui, des décennies durant a laminé la société; un système qui de l'école au monde du travail annhile les vertues humaines.
La citadinité n'est pas un gène. Encore moins transmissible. C'est une valeur civilisationnelle.
Il est une librairie où régulièrement se présente un jeune homme d'allure modeste. Ses traits et ses mouvements trahissent ses origines paysannes, montagnardes pour être plus juste. De son village de Kabylie, il est venu à Alger pour acheter des livres. Il repartira avant le soir. Au vendeur, il demande des titres d'oeuvres littéraires, classiques et modernes. Certains sont disponibles, d'autres pas. Il reviendra la prochaine fois. Parce que la bibliothèque du village a encore besoin de livres.
Voilà un acte de citadinité, une démarche civilisationnelle que beaucoup d'urbains n'oseraient pas.
Zoheïr ABERKANE
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(1) Marché populaire, souvent informel, au coeur du quartier Algérois de Belcourt.
(2) Porte Neuve. Rue de la Casbah d'Alger où prolifèrent les étals de commerce. Dans un passé lointain, on l'appelait également "Zenkat el Hachiyet"(La rue des rubans).
J'kaz !
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Voici un article rédigé fin 1999 et devant paraître quelque part mais il n'est jamais paru. Six années plus tard, il est toujours d'actualité dans le sens où il explique pourquoi le Pouvoir Algérien en veut à l'école privée non pas comme entreprise mais comme projet. La mise au pas des écoles privées est imminente...
L'ECOLE DE TOUS LES RISQUES
L'école est au centre de tous les débats. De toutes les convoitises. L'idéologie est l'arme d'un crime plusieurs fois commis au même lieu et endroit. Le mobile: regénérer un système en reproduisant les éléments de son maintien à partir de la société. Des sujets dociles et obéissants, facilement modelables et modulables. C'est ce à quoi s'attèle l'école algérienne. Encore plus aujourd'hui, parce que le système est aux abois.
Il y a dix ans - au moment de l'ascension fulgurante de l'islamisme dans la société - et sous ce même titre(*) , je rêvais, naïvement, cela est certain, d'une école où un Ali Benhadj, seconde figure du FIS et enseignant de son état, donnait un cours sur les origines de l'homme et les lois de l'évolution devant un parterre de filles et de garçons avides de science et de savoir. C'est tout simplement une hérésie. Hier comme aujourd'hui.
L'article en question dénonçait la mainmise des islamistes sur l'école, leur haine de la mixité, de la modernité. Mais, face à l'urgence, il ne semblait pas utile, ou du moins opportun, de dénoncer cette même école pour ce qu'elle est véritablement, parce qu'en dernier ressort, Benhadj et ses adeptes ne demandaient pas plus que de faire valoir leurs droits sur un bien qu'ils considéraient (et considèrent encore aujourd'hui à travers leurs vitrines politiques légales) comme le leur. Une école-matrice de l'intégrisme islamiste et qui a fait le lit du terrorisme: les chiffres sont éloquents quant à la présence d'enseignants parmi les hordes terroristes et surtout parmi leurs chefs.
L'école est une chaîne de violence
Dix ans plus tard, qu'est-ce qui a changé dans l'école? Rien. Rien de ce qui augure d'une démarche véritable de rupture avec un système et d'une volonté réelle de changement.
Des thérapies d'urgence sont administrées ça et là , comme par exemple, en matière d'éducation religieuse, la suppression dans le cycle fondamentale des versets coraniques se rapportant au Djihad, et la recommandation faite aux enseignants via leur tutelle, d'éviter que la matière en question ne se transforme en cours exégétique... Dans ce type d'exemple, on voit bien que le système réagit aux effets et non aux causes. Il demeure entendu que s'attaquer aux causes, c'est s'attaquer au système ce qui amènerait ce dernier à se faire hara-kiri. Ce qui est un non-sens. Mais d'une certaine manière, il s'inscrit déjà dans une démarche suicidaire puisque face au danger, il réagit tel ce chasseur, à bout de munitions, qui se retrouve nez à nez avec un ours. Que faire? Alors pour faire disparaître l'ours, il décide de s'évanouir. Et il s'évanouit.
Un suicide dont les rituels et les préliminaires entraînent déjà toute une société dans les pires exactions commises à son endroit. Le terrorisme islamiste a suffisamment montré l'étendue de sa barbarie qui trouve aussi sa genèse dans un système scolaire qui va, dix années durant, pour le moins, verrouiller l'imagination de l'enfant, pour la réprimer ensuite à travers des mécanismes d'apprentissage parcellaires et récurrents. L'identité de l'enfant est réindexée selon un moule unique et valable pour tous; dans ce climat, l'école tout comme l'enseignant, sont porteurs de valeurs négatives (ségrégation sociale, séparation des sexes, esprit de compétition au lieu et place d'une saine émulation, matraquage et endoctrinement idéologiques, etc.); l'école est déjà en soi, une valeur négative, qui va, renier l'élève pour, en fin de cursus, le rejeter.
Alors, il serait possible d'expliquer pourquoi un jeune terroriste, collégien le jour, a brûlé, la nuit, son école avant de rejoindre définitivement... la nuit.
Expliquer mais non justifier parce qu'un tel acte relève du crime et un crime n'est ni juste, ni justice rendue au nom d'une cause aussi juste soit-elle.
L'école est malade de ses médecins. De ses charlatans. Leur démarche clinique de prédilection: la commission. Violence à l'école? On installe une commission et on attend. Drogue? Idem. Déperdition scolaire? Une autre commission, nationale cette fois-ci. Et la le summum de la bêtise est vite atteint. Des élèves se seraient-ils perdus sur le chemin de l'école? Comment un système hypercentralisé et à structure pyramidale, conçu et programmé à l'image d'une centrifugeuse peut-il se prévaloir d'un quelconque intérêt à propos de cette déperdition scolaire qui a pour véritables noms: rejet, renvoi, exclusion? L'espoir est mince...
maintenir les conditions de survie du système
La problématique énoncée aujourd'hui porte (une énième fois) sur le devenir de l'école algérienne. Mais telle qu'elle est envisagée, elle se soucie plus de la pérennité d'un système éducatif avec ses avantages, ses rouages d'affaires et ses combines que du sort de millions d'enfants dont l'avenir est hypothéqué dès leur première année scolaire.
La démarche, en apparence mesurée, au regard des efforts de réflexion déployés à différents niveaux, est en réalité frileuse dès qu'il s'agit de changements, même quand il s'agit seulement de changer ses habitudes.
Et c'est tantôt l'allègement des cartables et des programmes, tantôt l'ouverture de débats sur "l'opportunité du rétablissement de l'enseignement privé en Algérie "(1) . Et la réforme tant déclamée a toutes les formes possibles de la logorrhée sauf celle du concret.
Le clivage qui oppose réformateurs et conservateurs sur les termes de la réforme et dont le point nodal est l'école privée, n'est en fait, que l'expression d'un affrontement naturel de forces contraires appartenant à un même ensemble.
Dans une réflexion initiée par le Ministère de l'Education Nationale(2) , on peut lire après un historique succint et quelques références de textes législatifs: "Quels sont les éléments ou les aspects qui doivent faire l'objet d'un "balisage" de l'enseignement privé pour prévenir les dérives pédagogiques, idéologiques, lucratives et autres? Programmes d'enseignement? Moyens pédagogiques? Qualification de l'encadrement? Conditions de scolarité (locaux, sécurité, hygiène, salubrité physique et morale, équipements, cadre de vie)? "
Un questionnement qui est loin d'être innocent puisque d'emblée, la réflexion est elle-même déjà balisée. Sous forme d'interrogations, l'affirmation est subtilement suggérée: l'école privée ne doit pas quitter le système éducatif et rester "dans une perspective de complémentarité des actions entre l'enseignement public et l'enseignement privé, notamment en ce qui concerne les questions liées aux fondements philosophiques de la formation du futur citoyen, à la quatité des prestations pédagogiques, à la prise en charge de la résorption des déperditions, de la marginalisation et de l'exclusion." ( 3) . Mais aussi, que le rétablissement de l'enseignement privé dans une cadre réglementé, viserait le renforcement de l'appareil d'éducation et de formation "dans un souci de mobilisation des potentialités d'investissement existant dans le secteur privé "(4) .
Deux ou trois remarques s'imposent après lecture de ces extraits: on serait tenté de croire que l'école publique est le "modèle" exempt de tares puisqu'on tente ici de faire croire que les critères d'appréciation du "projet école privée", sont déjà en vigueur dans l'école publique! Les dérives? Dix années de terrorisme. Programmes, moyens pédagogiques? Malik et Zina ont fait chavirer l'imagination de nos enfants. Quant à l'hygiène, c'est dans les écoles publiques que la gale a refait son apparition et que la méningite sévit cycliquement. Et pour finir, au registre de la salubrité physique et morale, combien de cas d'attouchements sexuels, qui sont le fait d'un personnel d'encadrement sur de jeunes élèves, sont dénombrés chaque année dans un silence complice?
Des écoles privés existent aujourd'hui dans une sorte de semi-clandestinité, tolérées tant bien que mal par des pouvoirs publics maniant habilement indulgence et sévérité. La première s'exprimant généralement par... le silence. Quant à la seconde, c'est par des procédés de dénigrements et la rumeur que l'on s'attaque aux initiatives audacieuses.
Tout cela masque mal une réalité: le retour à l'école et à l'enseignement privés est inévitable parce qu'il obéit à une démarche de désengagement de l'état et à une politique de libéralisation de l'économie. A ce niveau-là , l'intérêt est certain pour tous ces cadres de l'éducation qui pourraient ainsi disposer d'une sorte de "pied-à -terre", à côté de leurs postes douillets dans le secteur. Un retour qui porte aussi en lui les germes du changement s'il venait à bénéficier de cette règle d'or de l'économie libérale: la liberté d'initiative dans son acception pleine, étendue à la notion d'école même. Intiatives à l'intérieur d'une école libérée des contraintes structurels programmatiques et idéologiques, autonome sur le plan de la démarche et du projet pédagogiques et dont le souci primordial et le libre épanouissement de l'enfant à travers des processus cognitifs modernes et fiables. Voilà ce qui fait peur aux décideurs. Un enfant qui prend le temps de s'épanouir est un adulte qui vivra pleinement son temps. En citoyen accompli. Et non plus en sujet déshumanisé, dévalorisé et perfidement élevé au rang d'acteur social.
Le clivage devrait se situer entre adeptes de la libre école, quelle soit publique ou privée et les tenants du système. Ainsi défini, il pourrait aussi déboucher sur une situation de statu quo, certainement profitable à un système plus enclin aux atermoiements qu'aux décisions franches et courageuses. Un système qui n'ignore pas que l'école est à même de produire une société...
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(*) in NYSSA - Magazine féminin (1990) (1) Document du M.E.N - 1998 (2) Idem (3) Id. (4) Id.
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et Douleurs de la Poésie
Ce modeste recueil est le produit d’une longue macération. Chaque poème est une douleur. Et chaque douleur est celle d’une passion. D’amours immatures ou simplement prématurées. De rêves inassouvis. De combats aussi. Contre les autres, mais surtout contre soi-même. Très souvent, la poésie prend ici un air de défaite, mais est en réalité un acte d’espérance. L’écriture est l’antidote du suicide(1). Les poèmes qui y figurent ont été écrits entre mai 1980 et décembre 1988. Il n’y a pas d’ordre chronologique, encore moins de références spatio-temporelles ou particulières, bien que ces dates, charnières (et charniers parfois) d’une époque de grandes douleurs, eurent été les parenthèses d’une fécondité poétique toute particulière: des centaines de jeunes, lycéens et étudiants, se mirent à écrire; des dizaines et des dizaines de cercles poétiques virent le jour autour de petites publications artisanales: recueils collectifs ronéotypés, plaquettes individuelles de poésie(2), à une époque où la tendance était aux plaquettes d’œufs. Aujourd’hui, l’œuf a survécu à la poésie. Et la rébellion des jeunes poètes a été tuée dans l’œuf. Se peut-il que «l’ouverture démocratique», génératrice de libertés, eut été tellement «violente», tellement rapide, qu’on délaissa le discours poétique pour un discours politique plus prosaïque et surtout «porteur»? Durant les années 80, la poésie comme le théâtre, lieux de non-dits aux verbes corrosifs, espaces subversifs aux thèses maximalistes, circulaient plus librement que le plus laudatif des tracts d’opposition. A l’époque, nos gouvernants, avec une rare subtilité confinaient et toléraient la contestation dans des «cadres» d’expression a priori inoffensifs (la poésie n’est que de la poésie et le théâtre n’est que du théâtre!). A la même époque, dans son action «militante» d’instrumentalisation de l’expression artistique et culturelle, l’appareil clandestin a utilisé et favorisé ce support médiatique. Mais, avec moins de subtilité et encore moins d’intelligence, l’opposition légale, dans les mois qui suivirent Octobre 88, confina ses troupes dans un activisme débonnaire: aux cercles de poètes succédèrent des cercles de sympathisants; aux troupes théâtrales, des comités de militants... Dans le vacarme que cela produisit, les poètes et les saltimbanques se turent. Le silence était pesant. Les résolutions et les déclarations politiques n’y firent rien. L’esprit, le cœur se nourrissaient désormais à la manière du ventre. La douleur ne sera que plus grande... Aujourd’hui, on meurt aussi bien d’une balle perdue que d’un système qui se perd. Aujourd’hui, on assassine les poètes. Même quand ils se taisent. A court d’inspiration. A court de munitions. Alors là j’expire...
Zoheir Aberkane
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(1) Pour contredire gentiment mon ami Djamel Benmerad qui disait (et certainement dit toujours): «L’écriture et l’antichambre du suicide».
(2) Plaquettes «éditées» par des maisons fictives, mais aux appellations significatives. On peut citer: Les Editions Rebelles, Edition du Stencil, Edition du Train... C’est en souvenir de cette période que ce recueil est virtuellement édité par Les Editions Rebelles.
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